• «Je veux une gouine comme Présidente. Je veux qu’elle ait le sida, je veux que le Premier ministre soit une tapette qui n’a pas la sécu, qu’il ait grandi quelque part où le sol est tellement plein de déchets toxiques qu’il n’a aucune chance d’échapper à la leucémie. Je veux une présidente de la République qui a avorté à 16 ans, une candidate qui ne soit pas la moindre des deux maux ; je veux une présidente de la République dont la dernière amante est morte du sida, dont l’image la hante à chaque fois qu’elle ferme les yeux, qui a pris son amante dans ses bras tout en sachant que les médecins la condamnent. »

    Je veux une présidente de la République qui vit sans clim, qui a fait la queue à l’hôpital, à la CAF et au Pôle Emploi, qui a été chômeuse, licenciée économique, harcelée sexuellement, tabassée à cause de son homosexualité, et expulsée. Je veux quelqu’une qui a passé la nuit au trou, chez qui on a fait brûler une croix et qui a survécu à un viol. Je veux qu’elle ait été amoureuse et blessée, qu’elle ait du respect pour le sexe, qu’elle ait fait des erreurs et en ait tiré des leçons. »

    Je veux que le président de la République soit une femme noire. Je veux qu’elle ait des dents pourries et un sacré caractère, qu’elle ait déjà goûté à  cette infâme bouffe d’hôpital, qu’elle soit trans, qu’elle se soit droguée et désintoxiquée. Je veux qu’elle ait pratiqué la désobéissance civile. Et je veux savoir pourquoi ce que je demande n’est pas possible; pourquoi on nous a fait gober qu’un président est toujours une marionnette: toujours un micheton et jamais une pute. Toujours un patron et jamais un travailleur. Toujours menteur, toujours voleur, et jamais puni.»


    votre commentaire
  • Guy Debord
    Script de "In girum imus nocte et consumimur igni".

     

     
    Je ne ferai dans ce film aucune concession au public.
    Plusieurs excellentes raisons justifient, à mes yeux, une telle conduite ; et je vais les dire.
    Tout d’abord, il est assez notoire que je n’ai nulle part fait de concessions aux idées dominantes de mon époque, ni à aucun des pouvoirs existants.
    Par ailleurs, quelle que soit l’époque, rien d’important ne s’est communiqué en ménageant un public, fût-il composé des contemporains de Périclès ; et, dans le miroir glacé de l’écran, les spectateurs ne voient présentement rien qui évoque les citoyens respectables d’une démocratie.
    Voilà bien l’essentiel : ce public si parfaitement privé de liberté, et qui a tout supporté, mérite moins que tout autre d’être ménagé. Les manipulateurs de la publicité, avec le cynisme traditionnel de ceux qui savent que les gens sont portés à justifier les affronts dont ils ne se vengent pas, lui annoncent aujourd’hui tranquillement que « quand on aime la vie, on va au cinéma ». Mais cette vie et ce cinéma sont également peu de choses ; et c’est par là qu’ils sont effectivement échangeables avec indifférence.
     
    Le public de cinéma, qui n’a jamais été très bourgeois et qui n’est presque plus populaire, est désormais presque entièrement recruté dans une seule couche sociale, du reste devenue large : celle des petits agents spécialisés dans les divers emplois de ces « services » dont le système productif actuel a si impérieusement besoin : gestion, contrôle, entretien, recherche, enseignement, propagande, amusement et pseudo-critique. C’est là suffisamment dire ce qu’ils sont. Il faut compter aussi, bien sûr, dans ce public qui va encore au cinéma, la même espèce quand, plus jeune, elle n’en est qu’au stade d’un apprentissage sommaire de ces diverses tâches d’encadrement.
     
    Au réalisme et aux accomplissements de ce fameux système, on peut déjà connaître les capacités personnelles des exécutants qu’il a formés. Et en effet ceux-ci se trompent sur tout, et ne peuvent que déraisonner sur des mensonges. Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter.
     
    Comme le mode de production moderne les a durement traités ! De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu’ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d’exploitation du passé ; ils n’en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu’ils sont parqués en masse, et à l’étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres ; mal nourris d’une alimentation polluée et sans goût ; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées ; continuellement et mesquinement surveillés ; entretenus dans l’analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles.
     
    Ils meurent par séries sur les routes, à chaque épidémie de grippe, à chaque vague de chaleur, à chaque erreur de ceux qui falsifient leurs aliments, à chaque innovation technique profitable aux multiples entrepreneurs d’un décor dont ils essuient les plâtres. Leurs éprouvantes conditions d’existence entraînent leur dégénérescence physique, intellectuelle, mentale. On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : « il faut », et ils veulent bien le croire. Mais surtout on les traite comme des enfants stupides, devant qui bafouillent et délirent des dizaines de spécialisations paternalistes, improvisées de la veille, leur faisant admettre n’importe quoi en le leur disant n’importe comment ; et aussi bien le contraire le lendemain.
     
    Séparés entre eux par la perte générale de tout langage adéquat aux faits, perte qui leur interdit le moindre dialogue ; séparés par leur incessante concurrence, toujours pressée par le fouet, dans la consommation ostentatoire du néant, et donc séparés par l’envie la moins fondée et la moins capable de trouver quelque satisfaction, ils sont même séparés de leur propres enfants, naguère encore la seule propriété de ceux qui n’ont rien. On leur enlève, en bas âge, le contrôle de ces enfants, déjà leurs rivaux, qui n’écoutent plus du tout les opinions informes de leurs parents, et sourient de leur échec flagrant ; méprisent non sans raison leur origine, et se sentent bien davantage les fils du spectacle régnant que de ceux de ses domestiques qui les ont par hasard engendrés : ils se rêvent les métis de ces nègres-là. Derrière la façade du ravissement simulé, dans ces couples comme entre eux et leur progéniture, on n’échange que des regards de haine.
     
    Cependant, ces travailleurs privilégiés de la société marchande accomplie ne ressemblent pas aux esclaves en ce sens qu’ils doivent pourvoir eux-mêmes à leur entretien. Leur statut peut être plutôt comparé au servage, parce qu’ils sont exclusivement attachés à une entreprise et à sa bonne marche, quoique sans réciprocité en leur faveur, et surtout parce qu’ils sont étroitement astreints à résider dans un espace unique, le même circuit des domiciles, bureaux, autoroutes, vacances et aéroports toujours identiques.
     
    Mais ils ressemblent aussi aux prolétaires modernes par l’insécurité de leurs ressources, qui est en contradiction avec la routine programmée de leur dépense, et par le fait qu’il leur faut se louer sur un marché libre, sans rien posséder de leurs instruments de travail, par le fait qu’ils ont besoin d’argent. Il leur faut acheter des marchandises et on a fait en sorte qu’il ne puisse leur rester de contact avec rien qui ne soit une marchandise.
     
    Mais où pourtant leur situation économique s’apparente plus précisément au système particulier du péonage, c’est en ceci que, cet argent autour duquel tourne toute leur activité, on ne leur en laisse même plus le maniement momentané. Ils ne peuvent évidemment que le dépenser, le recevant en trop petite quantité pour l’accumuler, mais ils se voient en fin de compte obligés de consommer à crédit, et l’on retient sur leur salaire le crédit qui leur est consenti, dont il auront à se libérer en travaillant encore.
    Comme toute l’organisation de la distribution des biens est liée à celle de la production et de l’État, on rogne sans gêne sur toute leur ration, de nourriture comme d’espace, en quantité et en qualité. Quoi que restant formellement des travailleurs et des consommateurs libres, ils ne peuvent s’adresser ailleurs, car c’est partout que l’on se moque d’eux.
     
    Je ne tomberai pas dans l’erreur simplificatrice d’identifier entièrement la condition de ces salariés du premier rang à des formes antérieures d’oppression socio-économique. Tout d’abord parce que, si l’on met de côté leur surplus de fausse conscience et leur participation double ou triple à l’achat des pacotilles désolantes qui recouvrent la presque totalité du marché, on voit bien qu’ils ne font que partager la triste vie de la grande masse des salariés d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans l’intention naïve de faire perdre de vue cette enrageante trivialité que beaucoup assurent qu’ils se sentent gênés de vivre parmi les délices alors que le dénuement accable des peuples lointains. Une autre raison de ne pas les confondre avec les malheureux du passé, c’est que leur statut spécifique comporte en lui-même des traits indiscutablement modernes. Pour la première fois dans l’histoire, voilà des agents économiques hautement spécialisés qui, en dehors de leur travail, doivent faire tout eux-mêmes. Ils conduisent eux-mêmes leur voiture, et commencent à pomper eux-mêmes leur essence, ils font eux-mêmes leurs achats ou ce qu’ils appellent de la cuisine, ils se servent eux-mêmes dans les supermarchés comme dans ce qui a remplacé les wagons-restaurants. Sans doute leur qualification très indirectement productive a-t-elle été vite acquise, mais ensuite, quand ils ont fourni leur quotient horaire de ce travail spécialisé, il leur faut faire de leurs mains tout le reste. Notre époque n’en est pas encore venue à dépasser la famille, l’argent, la division du travail. Et pourtant, on peut dire que, pour ceux-là, déjà, la réalité effective s’en est presque entièrement dissoute dans la simple dépossession. Ceux qui n’avaient jamais eu de proie l’ont lâchée pour l’ombre.
     
    Le caractère illusoire des richesses que prétend distribuer la société actuelle, s’il n’avait pas été reconnu en toutes les autres matières, serait suffisamment démontré par cette seule observation que c’est la première fois qu’une système de tyrannie entretient aussi mal ses familiers, ses experts, ses bouffons. Serviteurs surmenés du vide, le vide les gratifie en monnaie à son effigie. Autrement dit, c’est la première fois que des pauvres croient faire partie d’une élite économique malgré l’évidence contraire.
     
    Non seulement ils travaillent, ces malheureux spectateurs, mais personne ne travaille pour eux, et moins que personne les gens qu’ils paient, car leurs fournisseurs même se considèrent plutôt comme leurs contremaîtres, jugeant s’ils sont venus assez vaillamment au ramassage des ersatz qu’ils ont le devoir d’acheter. Rien ne saurait cacher l’usure véloce qui est intégrée dès la source, non seulement pour chaque objet matériel, mais jusque sur le plan juridique, dans leurs rares propriétés. De même qu’ils n’ont pas reçu d’héritage, ils n’en laisseront pas.
     
    Le public du cinéma ayant donc, avant tout, à penser à des vérités si rudes, et qui le touchent de si près, et qui lui sont si généralement cachées, on ne peut nier qu’un film qui, pour une fois, lui rend cet âpre service de lui révéler que son mal n’est pas si mystérieux qu’il le croit, et qu’il n’est peut-être même pas incurable pour peu que nous parvenions un jour à l’abolition des classes et de l’État, on ne peut nier, dis-je, qu’un tel film n’ait, en ceci au moins, un mérite. Il n’en aura pas d’autre. »
     
    Guy Debord
    Script de "In girum imus nocte et consumimur igni".

    votre commentaire
  •  

    Il y a très peu d'argent disponible pour les pauvres gens. Comme la culture américaine ne permet qu'au monde matériel d'être réel (en réalité, seulement l'argent), ceux qui veulent faire de l'art, à moins de transférer leur art dans le non-art, c'est-à-dire la fabrication de commodités, ne peuvent pas gagner de l'argent et rester en vie. Presque tous les artistes vivants qui continuent à faire de l'art ont une fortune familiale ou au moins un partenaire sexuel qui les aide. Il y a peu d'artistes dont la société désire l’œuvre, car le pays a besoin de propagande internationale (et il n'y a rien d'aussi inoffensif pour un matérialiste que l'expérimentation formaliste). Donc un artiste américain a environ une chance sur cent mille de gagner sa vie en faisant de l'art. Néanmoins tous les artistes espèrent avoir ce succès à cent mille contre un. Au bout de cinq à trente ans soit de lente privation soit, s'il y a l'argent familial ou de l'argent sexuel, de manque de reconnaissance et de diffusion (car seuls les quelques artistes qui sont célèbres voient leurs oeuvres amplement reconnues et diffusées), au moins les trois quarts des artistes qui ne sont pas encore morts sont prêts à faire n'importe quoi pour avoir du succès et s'orientent vers un travail plus commercial ou technique ou deviennent clochards. Toutefois, de plus en plus de citoyens de l'Amérique urbaine veulent devenir artistes parce que seuls les artistes sont heureux et connaissent la réalité et qu'il n'y a pas d'autres boulots. Le marché de l'art devient de plus en plus encombré ; les artistes s'entraident de moins en moins, se poignardent dans le dos et font tout ce qu'il faut pour survivre.

     

     

     

     

    Kathy Acker - Grandes esperances -

     


    votre commentaire
  •  A quoi jouez-vous avec vos patients? Pourquoi ne pas m'avoir fait comprendre que j'avais besoin de repos, de traitement, qu'il fallait que je me calme ?

      Je vous aurais écouté. Vous représentiez tellement l’autorité pour moi, que même psychotique je n'ai pas osé vous toucher malgré mon désir charnel et entêtant. La même scène, tentative de séduction en moins, s'est déroulée avec le docteur Sigrist. Lui m'a lui aussi relâchée en l’état dans la ville. Il s'agit donc d'une méthode de travail.

     Pourriez-vous me l'expliquer ? Pouvez-vous m'expliquer comment vous définissez l’état de manie ? [Si vous vous refusez a employer le mot folie.] Comment définir autrement que par la folie cet état ou toute volonté consciente disparaît, ou la fantaisie, l'imagination, l'inconscient, les rêves régissent et commandent ? Au point de vous pousser a déranger l'ordre public. Qu'est ce que cet état qui pulvérise toute bienséance et qui commande dans un taxi en plein embouteil­lage de brûler mon sexe avec un briquet ? Qu'est-ce que cette force, cette énergie qui m' oblige a courir nue autour d'un autre taxi a l’arrêt sous le palais Longchamp, pariant que personne ne viendrait nous déranger ?

     Ici je rends grâces aux chauffeurs de taxi, qui devant routes mes incohérences, n'ont jamais perdu leur contenance, qui m'ont laissée vivre mon délire pendant que, stoïques, peut-être même avec une réjouissance secrète, ils continuaient a faire leur travail, a savoir me conduire a travers la ville et le paysage. Certains se sont même permis de partager mon délire, comme ce Marseillais de type asiatique aux yeux bleu mers du Sud avec sa Mercedes a 200 km/h entre Aubagne et Cassis, la ou l'autoroute sinue entre la montagne et ou la vitesse est réduite a 90 km/h. Je voulais sentir la puissance de la machine. Bien sur, il est devenu mon amant, bien sur, je lui ai distribue une part de la part de l’héritage familial que j'avais réussi a subtiliser a ma grand-mère, pourtant avare de ses sous, de ses quelques malheureux millions d'anciens francs. Je les vénère pour la spontanéité avec laquelle ils me découvraient leur capot pour m'expliquer la mécanique de leur bijou, sans s'occuper de savoir quel petit vélo, quel APPRENTI DANS LE SOLEIL j'avais dans la tête.

     Oui, pouvez-vous m'expliquer cet état ?

    Blandine Solange- 1957/2000 - Suicidée de la société -

    Blandine Solange - "Inoculez moi encore une fois le SIDA et je vous donne le nom de la rose".

     

     

     


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires