•  Illuminé majeur.

    Mon nom est Elie. Vous commencez à me connaître depuis le temps que je surgis avec les tuniques bleues cependant que le fort est secoué par les Apaches.

    J'ai creusé les tombes de ce fichu cimetière et mon ami le Capitaine m'a vendu une concession frauduleuse en sous-main et dessous de table, ce qui me mène bien bas.

    A vrai dire j'ai l'habitude, le regardant droit dans ses yeux glacés, lui, allumant un de ses infects cigares, soufflant à mon nez la fumée des jours passés à me demander:

    - Pas marre des balivernes ? Sais-tu combien de femmes sur la terre ? Combien de litres d'alcool ? De plans de tabac ? De bons plans ? De livres à lire ? De steaks à découper dans le muscle des pur-sang ?

    C'est ma conscience avec son holster équipé onze quarante-trois, mon  couteau de Gi's, ma carte d'électeur et tout ce sang vaguement désordre.

    Pas la tête à tout comprendre mais des souvenirs sous un ciel gris-bleu peuplé d'oiseaux effarouchés par mes cris.

    Observé mes mains, frotté mes yeux, papillons un instant dans les rétines. Misère ! C'est plein d'ennemis ici ! Ils peuvent m'envahir, me vendre une auto, boucher ma boite aux lettres, me réclamer des arriérés, me filer une pub dans la trachée tranchée, promotion mec, ta soeur en sait quelque chose.

    J'ai levé la main, fabriqué un poing, disposé à frapper, n'importe qui, n'importe comment, juste pour le plaisir. Passer l'instant. L'éternel instant.

    Elle a surgi de derrière ma raison. Elles sont toutes comme ça, elles surgissent tels des sentiments et le monde vacille. Impossible à comprendre. J'ai rédigé le formulaire, demande d'explications détaillées une fois pour toutes.

    Esclave de mon simple coeur et c'est lui qui a tort. Le coeur n'est qu'un muscle creux ! Qu'on se le dise ! Aortes, ventricules. Battements.

     

    J'ai observé le ciel, n'en perd pas une non plus celui-là. Alors moi, simple mortel, il me restera bien dix balles pour me taper une absolution.

     

    J'ai plongé sur mon livre, tout lui expliquer, détailler, enjoliver, imaginer, révéler.

     

    Mais elle était là comme mon ombre. Une démone en voiles de sainte matérialisée telle un clonage de Vénus. J'étais un ermite perdu dans la foule repéré à la lueur de ses yeux. Faire le point : je suis un homme de mes  semelle jusqu'à mes cheveux au vent, un composé de viscères et de système neurovégétatif sur mesures. Une aubaine de compréhension. Un fabuleux métaphoriste, un poète chaviré avec des couilles romantiques.

     

    Juste bon pour un sourire inquiet.

     

    J'ai sorti mon flingue mais elle a dégainé plus vite que moi, les temps ont changé.

     

    Le coeur rien qu'un muscle creux, pas fonctionnel. Un sentimental sur la dalle. La fraîcheur du marbre me ramène à la réalité.

    Mon nom est Elie, je me déshabille, je me lave et j'arrive, j'ai de l'organe pour un exploit.

     

     -db-

     


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  • Capitaine
    tu veux me faire dire que la Culture
    avec ses cochons, sa chair, son marché,
    ne serait pas
    une supercherie bourgeoise de plus ?

    A part le héros anonyme qui limait
    la pointe de ses balles de 45
    pour en exploser les cibles
    je ne connais pas d'artistes prolétaires
    VIVANTS

    la Culture est un emballage
    dans lequel la société marchande
    des gens sans foutre
    veut te faire rentrer
    en tant que marchandise

    et crois moi
    les bons élèves des écoles
    je veux dire
    que les plus attentifs à rester soumis
    ont fabriqué cette merde qui
    détruit le Monde
    au nom de leur confort

    et l'enfant qui crève de faim
    sur l'écran haute résolution
    les rassure
    dans leur choix de vie
    sans âme

    l'ouvrier avait droit à une Culture
    que le spéculateur
    le bourgeois larvaire et le parvenu
    l'héritier ( les charognards mangent leurs morts)
    méprisaient
    je
    Disais

    que les gens qui méprisent la Culture Marxiste
    mangent les langoustes de la Havane
    avec le même bruit de bouches
    que les cancéreux des fast-food

    mon ami du Kartier
    ceux qui te proposent l'orthographe
    comme une valeur intellectuelle transcendante
    connaissent-ils vraiment
    l'efficacité
    d'une détente sécurisée de type "Glock" ?

    Voilà encore
    une de mes simplifications :
    la Culture est uniquement bourgeoise

    et les prolos
    ont parfois du temps à perdre

    comme je viens de le faire là.

    -db-

     

     



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  •  

    Citoyens,

     

    On vous trompe. On vous dit que la dernière Chambre composée d'imbéciles et de filous, ne représentait pas la majorité des électeurs. C'est faux.

     

    Une chambre composée de députés jocrisses et de députés truqueurs représente, au contraire, à merveille les électeurs que vous êtes. Ne protester pas: une nation a les délégués qu'elle mérite.

     

    Pourquoi les avez-vous nommés ?

     

    Vous ne vous gênez pas, entre vous, pour convenir que plus ça change, et plus c'est la même chose, que vos élus se moquent de vous et ne songent qu'à leurs intérêts, à la gloriole ou à l'argent.

     

    Pourquoi les renommez-vous demain'?

     

    Vous savez très bien que tout un lot de ceux que vous enverrez siéger vendront leurs voix contre un chèque et feront le commerce des emplois, fonctions et bureaux de tabac.

     

    Mais pour qui les bureaux de tabac, les places, les sinécures si ce n'est pour les Comités d'électeurs que l'on paye ainsi ?

     

    Les entraîneurs des Comités sont moins naïfs que le troupeau.

     

    La Chambre représente l'ensemble.

     

    Il faut des sots et des roublards, il faut un parlement de ganaches et de Robert Macaire pour personnifier à la fois tous les votards professionnels et les prolétaires déprimés.

     

    Et ça, c'est vous !

     

    On vous trompe, bons électeurs, on vous berne, on vous flagorne quand on vous dit que vous êtes beaux, que vous êtes la justice, le droit, la souveraineté nationale, le peuple-roi, des hommes libres. On cueille vos votes et c'est tout. Vous n'êtes que des fruits… des Poires.

     

    On vous trompe encore. On vous dit que la France est toujours la France. Ce n'est pas vrai.

     

    La France perd, de jour en jour, toute signification dans le monde , toute signification libérale. Ce n'est plus le peuple hardi, coureur de risques, semeur d'idées, briseur de culte. C'est une Marianne agenouillée devant le trône des autocrates. C'est le caporalisme renaissant plus hypocrite qu'en Allemagne : une tonsure sous le képi.

     

    On vous trompe, on vous trompe sans cesse. On vous parle de fraternité, et jamais la lutte pour le pain ne fut plus âpre et meurtrière.

     

    On vous parle de patriotisme, de patrimoine sacré à vous qui ne possédez rien.

     

    On vous parle de probité; et ce sont des écumeurs de presse, des journalistes à tout faire, maîtres fourbes ou maîtres chanteurs, qui chantent l'honneur national.

     

    Les tenants de la République, les petits bourgeois, les petits seigneurs sont plus durs aux gueux que les maîtres de régimes anciens. On vit sous l'oeil des contremaîtres.

     

    Les ouvriers aveulis, les producteurs qui ne consomment pas, se contentent de ronger patiemment l'os sans moelle qu'on leur a jeté, l'os du suffrage universel. Et c'est pour des boniments, des discussions électorales qu'ils remuent encore la mâchoire, la mâchoire qui ne sait plus mordre.

     

    Quand parfois des enfants du peuple secouent leur torpeur, ils se trouvent, comme à Fourmies, en face de notre vaillante armée... Et le raisonnement des lebels leur met du plomb dans lit tête.

     

    La Justice est égale pour tous. Les honorables chéquards du Panama roulent carrosse et ne connaissent pas le cabriolet. Mais les menottes serrent les poignets des vieux ouvriers que l'on arrête comme vagabonds !

     

    L'ignominie de l'heure présente est telle qu'aucun candidat n'ose défendre cette Société. Les politiciens bourgeoisants, réactionnaires ou ralliés, masques ou faux-nez, républicains, vous crient qu'en votant pour eux ça marchera mieux, ça marchera bien. Ceux qui vous ont déjà tout pris vous demandent encore quelque chose :

     

    Donnez vos voix, Citoyens !

     

    Les mendigots, les candidats, les tirelaines, les soutire-voix ont tous un moyen spécial de faire et refaire le Bien public.

     

    Ecoutez les braves ouvriers, les médicastres du parti: ils veulent conquérir les pouvoirs... afin de les mieux supprimer.

     

    D'autres invoquent la Révolution, et ceux-là se trompent en vous trompant. Ce ne seront jamais les électeurs qui feront la Révolution. Le suffrage universel est créé précisément pour empêcher l'action virile. Charlot s'amuse à voter…

     

    Et puis quand même quelque incident jetterait des hommes dans la rue, quand bien même, par un coup de force, une minorité ferait acte, qu'attendre ensuite et qu'espérer de la foule que nous voyons grouiller : la foule lâche et sans pensée.

     

    Allez ! allez, gens de la foule ! Allez, électeurs ! aux urnes… Et ne vous plaignez plus. C'est assez. N'essayez pas d'apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N'insultez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez.

     

    Ces Maîtres vous valent, s'ils vous volent. Ils valent sans doute davantage : ils valent vingt-cinq francs par jour, sans compter les petits profits. Et c'est très bien:

     

    L'Electeur n'est qu'un Candidat raté.

     

    Au peuple du bas de laine, petite épargne, petite espérance, petits commerçants rapaces, lourd populo domestique, il faut un Parlement médiocre qui monnaie et qui synthétise toute la vilenie nationale.

     

    Votez, électeurs ! Votez ! Les parlements émanent de vous. Une chose est parce quelle doit être, parce qu'elle ne peut pas être autrement. Faites la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomissement — retournez à vos députés…

     

    Zo D'Axa
     1898


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