• - Benedetti Denis- © 21 Septembre 2011 03:14
     
    De tous les porteurs de destin, l'agent siamois est peut-être le plus illuminé de la carrière. Il surgit comme votre double et s'accroche à votre corps de manière indivisible. D'où son surnom.
    C'est à lui que vous devez toutes ces interprétations concernant votre avenir. II travaille vos projets. Je dirais même qu'il les travaille« au corps ». II s'installe dans vos désirs et les organise de façons plus ou moins réalisables. Ainsi cette femme en guêpière noire, deux tailles en dessous, qui surgit inopinément alors que vous tentez le triple saut périlleux au trapèze pour la première fois. Elle éclate dans vos rétines un millième de seconde avant votre chute. Vous fermez les yeux, trop tard. L'agent siamois sera là pour vous confirmer le bien-fondé de votre impression de chute.
    Inutile de préciser que votre carrière au cirque s'achève là. C'est la rupture de contrat avec éclats de moelle épinière.
    Maintenant l'agent va prospecter pour vous, il va vous nourrir à la petite cuillère et signer vos contrats.
    Prenez un dé, jetez le en espérant un six. Que croyez vous ?
    Le six vous convaincra d'un don tant imaginaire qu'espéré de toutes forces depuis des millénaires. Il reste cependant cinq autres possibilités de se faire mettre. L'agent peut vous obtenir un six à chaque fois. A vous la prospérité. Une soirée vous suffit pour devenir propriétaire de casino. La môme en guêpière vous trouve beaucoup de charme et vous payez cette incroyable rivière de diamants qui reflète tout votre amour.
    Fini le trapèze!
    Votre agent vous prend cinquante pour cent, mais la moitié de la chance n'a pas de limite et vous ne faites pas les comptes.
    Cinquante pour cent de la môme, c'est du temps partagé, vous faites semblant de ne rien remarquer, c'est toujours autant de crédit pour vos futures infidélités.
    L'agent a également besoin de votre sang, mais c'est la moindre des choses avec tout ce que vous lui devez.
    Il faut dire qu'entre temps il vous a donné la gloire et elle vous va bien à l'apparence, vous êtes resplendissant.
    Beauté,richesse, santé.
    Vous signez les yeux fermés.
    Nantis des rêves de tous les crétins de la terre il vous faut désormais organiser votre emploi du temps.
    Matin petit-déj' dans un palace avec larbins qui vous lèchent les pieds,cela vous chatouille mais vous ne riez pas, votre image de marque est à ce prix.
    Rendez-vous avec une princesse aérobiqueuse, elle est plus bête que deux témoins de Jéhovah mais vous vous devez à ce genre de concession. Après le déjeuner, action caritative, rendez-vous avec la Presse,vous essuyez une larme en signant un chèque qui escamotera votre cynisme. Mais le temps passe vite et après avoir vomi votre Champagne vous rejoindrez ce top-modèle à la saveur du jour qui vous racontera son aventure avec ce Baron industriel impuissant.
    Vous voilà en retard à cette soirée où vous allez pouvoir philosopher avec la meilleure cocaïne du monde.
    Tout va pour le mieux jusqu'au jour (cette expression est au moins dans cent mille bouquins) où votre agent siamois découvre la littérature.
    Les livres s'entassent chez vous, votre petite amie trébuche sur l'oeuvre intégrale du Marquis de Sade et elle se casse une jambe. Evidemment que c'est drôle, mais en perdant l'équilibre elle a également perdu l'humour. Vous êtes seul mais rien ne peut vous distraire de la lecture d'Henry Miller.
    Vous vous réveillez la nuit avec de subites interrogations, vous êtes sur d'avoir déjà lu ça quelque part. Vous ouvrez un livre de Nietzsche, voilà, c'est exactement ça! « Si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi ». Votre agent siamois oublie de gérer vos comptes, il passe de longues journées à lire,des nuits blanches entre Kierkegaard, Céline, Caldwell.
    Bientôt il ne cause plus que par maximes, par citations, vous n'êtes plus très sur de le comprendre mais vous n'avez plus une seule goutte de sang, tout est passé en lui, vous êtes pâles, les traits tirés.
    La princesse vous fait savoir qu'elle ne comprend plus rien de ce que vous dites quand à la top-modèle elle vous explique que vous êtes trop respectueux de son corps, qu'elle a rencontré un philosophe parkinsonien dans un dongeon berlinois.
    La vérité étant au fond du puits vous descendez chaque jour plus bas,c'est la perfection, une forme spéléologique de l'orgasme.
    C'est le moment que choisit le gang de l'édition pour vous faire un racket sur votre casino.
    Absorbé par la lecture de L'Etre et le Néant, vous passez outre de tous les avertissements. Et voilà votre gagne caviar qui brûle.
     
    Qu'importe désormais, il y a cette fille qui aime bien vous écouter et puis votre agent siamois s'est mis au tabac, il a mauvaise mine mais c'est l'heure d'ouverture des librairies.
     
     

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  • Babylone Street
    Au coin d'un vieux pétard 

    Abandonné.
    Une môme cheveux verts
    File ses collants noirs
    Zébrures blanches de peau fraîche.
    Salaud !"
    Elocute-telle
    Au métèque que je suis.
    Je me baisse pour ramasser
    Un enfant perdu
    Qui me ressemble.
    Pas vu partir le coup
    Mon chapeau 

    Ma coiffure
    Mon cuir échevelu
    Ma boite crânienne crâneuse
    Mon cerveau de l'hypothalamus
    Jusqu'à
    La philo, 

    Eclatent
    En une seule fois.
    Rumeur de sang
    Dans l'orbite de mes yeux 

    Tourne
    Tourne 

    La page.
    Maintenant je sais, 

    Colt 45
    11,43 le cadeau.
    Le Diable en collants 

    Noirs, déchirés,
    M'emporte.


     - db -

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  •  

    C'est alors qu'ils ont fracturé la porte. Une meute, dix,quinze, je ne sais plus. Détruisant les meubles, fouillant jusqu'aux boites de dérivation du circuit électrique, dans les pieds des chaises, n'oubliant que mes poches. Préoccupés par l'ombre ils oubliaient la proie
    Une aubaine, mais pourquoi s'arrêter là ?
    Il fallait soigner la Une du lendemain, « Il écrivait la mort avec le coeur despauvres, la poésie le condamne au crime », entribuner la dose de sangquotidienne, la consolation aux rampants. Leur prouver que l'on s'occupe deleur sécurité. Donnez-nous votre blé, le reste nous concerne. M'embarquant dansce plan au-delà des frontières, vaste succès du désarroi et de la déchéance.Sorry pour l'existence tant recherchée au détriment du monde. Embarqué à la vitesseV-Grand pour une histoire de noire messe. Perdant toutes les mises dans la même embrouille. Le désespoir est une option de la psychologie, quelque soit lasituation, désespérer en territoire conquis est le premier signe de la défaite.Mais, à qui parler qui possède une âme? Hurlant de douleur dans une existence conçue par le Diable. Prolétaires de tous les pays écrasez-vous. La mort et son sourire d’enfant m'observant,face à face dans la banalité de l'instant. Un individu sur la terre, de plus oude moins. Enfichez-vous Nous étions une poignée, une simple liste, une erreurde programmation dans le listing de la folie recensée. Nous débordâmes dans unlit de principe, têtes hautes, chemises froissées et coeur en parchemin, lesyeux grandis par la peur et la haine. Sur les routes, sur les chemins, à chaquecarrefours, la nuit, le jour, partout toujours Nous étions unitaires etn'avions pas de parti, ( mais des parties, si ) des armes lourdes comme despoésies en nos mains enfin prêtes. Nous étions le monde en marche, l'esprit dejustice et de liberté, hors de leur volonté de codifier et de gouverner.Vermines, charognes, canailles, voleurs, politiciens... Certes, je manquais desouffle, d'espoir et probablement d'estomac, me consacrant à cette névrose d'albatros qui me rongeait l'âme, faisait mal au corps. J'inventais desprincipes qui ne servaient à rien, pas même à me nuire. Ayant passé l'été à écrire, je fus fort dépourvu, pas le moindre morceau de vermisseau oud'éditeur. Je m'en fus quêter des armes chez la terroriste, ma voisine... db.

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  • « La conscience sociale du fonctionnaire n’est pas déterminée par le sentiment d'une communauté de destin avec ses collègues, mais par l’attitude face à l'autorité établie et à la « nation ».
    Cette attitude consiste, pour le fonctionnaire, en une identification absolue avec le pouvoir étatique; Pour l’employé, avec l’entreprise qui l’emploie. En réalité, l’un et l’autre sont des sujets au même titre que l’ouvrier de l’industrie. Pourquoi ne développe-t-il pas, comme ce dernier, un sentiment de solidarité? Réponse parce qu’il occupe une position intermédiaire entre l’autorité et les travailleurs manuels. Sujet par rapport à l’autorité, il est le représentant de cette même autorité dans ses relations avec ses subordonnés et il jouit à ce titre d’une protection morale (non matérielle) particulière. Les adjudants de toutes les armées du monde nous fournissent le type le plus prononcé de ce produit de la psychologie de masse. »  Wilhelm Reich. La psychologie de masse du Fascisme.

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