• Nous aurons des lits de feuilles mortes.

    Nous aurons des lits de feuilles mortes, mon cœur en morceaux jonchera ta rue, tu me demanderas qui je suis, mais moi je ne serais ni moi, ni rien, tu penseras que je suis devenu fou, ou vide, ou comme tout le monde, je regarderais tes lèvres, je ne parlerais plus, j'irais couler mon bateau, je te dirais une méchanceté pour que tu ne me regrettes pas, tu ne pleureras pas, tu me grifferas les yeux mais je te regarderais quand même, tu me demanderas "pourquoi ?" parce que tu crois que je sais tout, je ferais semblant de tout savoir, tu ne me détesteras donc jamais? c'est comme ça que je ne meurs pas, l'amour est un châtiment qui nous retient en vie et toi tu sais comment on fabrique l'amour, et moi, je voudrais être célèbre, sans tragédie, sans talent, sans effort, pour que tu sois fière de moi, pour qu'un jour, un imbécile, un journaliste, te demande si être ma veuve c'est un truc en plus ? Enfin, tu sais, toutes ces conneries, mes poèmes, mon linge sale, mon morceau de vie, mon silence, mes bavardages, mon humour et mon respect des armes, je n'ai pas besoin d'avoir été vivant mais c'est fait, c'est trop tard, tous ces livres sont un asile psychiatrique confortable, une prison personnelle où je m'épanouis en vieillissant, en m'éloignant, tant besoin de douceur, si j'avais été scientifique j'aurais numéroté la douceur, mais toi tu sais, tu sais que je suis un errant, une absence, un naufrage, j'ai fait des mots, j'ai porté des cartons de livres, j'ai eu des idées, j'ai trouvé une rime, je me suis tiré une balle dans la tempe qui n'a même pas trouvé de cerveau, je t'ai caressé, caressé, c'était comme ça la vie, les gens ne veulent plus de religions, plus de guerres, ils veulent des objets, moi je ne veux même pas moi, parce que j'ai su, parce que je ne veux plus savoir, parce que j'ai cru savoir, je suis de la terre qui pleure, du soleil qui t'aime mais qui ne le dit pas, je ne sais pas dire cela, je suis un poète, je suis de la racaille pour peloton d’exécution, je n'ai pas les circonstances atténuantes, à part pour toi, je suis un chamane privé d'âme, un pervers qui te calcule, j'attends la guerre, je veux la gloire, j'ai perdu mon stylo, j'ai perdu mon stylo, au secours!

    - db -

    Nous aurons des lits de feuilles mortes.

    « Le Pèlerin de l’Absolu - Leon Bloy - Jules Bonnot -Georges Hyvernaud / La peau et les os . »

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