• Kathy Acker - Grandes esperances -

     

    Il y a très peu d'argent disponible pour les pauvres gens. Comme la culture américaine ne permet qu'au monde matériel d'être réel (en réalité, seulement l'argent), ceux qui veulent faire de l'art, à moins de transférer leur art dans le non-art, c'est-à-dire la fabrication de commodités, ne peuvent pas gagner de l'argent et rester en vie. Presque tous les artistes vivants qui continuent à faire de l'art ont une fortune familiale ou au moins un partenaire sexuel qui les aide. Il y a peu d'artistes dont la société désire l’œuvre, car le pays a besoin de propagande internationale (et il n'y a rien d'aussi inoffensif pour un matérialiste que l'expérimentation formaliste). Donc un artiste américain a environ une chance sur cent mille de gagner sa vie en faisant de l'art. Néanmoins tous les artistes espèrent avoir ce succès à cent mille contre un. Au bout de cinq à trente ans soit de lente privation soit, s'il y a l'argent familial ou de l'argent sexuel, de manque de reconnaissance et de diffusion (car seuls les quelques artistes qui sont célèbres voient leurs oeuvres amplement reconnues et diffusées), au moins les trois quarts des artistes qui ne sont pas encore morts sont prêts à faire n'importe quoi pour avoir du succès et s'orientent vers un travail plus commercial ou technique ou deviennent clochards. Toutefois, de plus en plus de citoyens de l'Amérique urbaine veulent devenir artistes parce que seuls les artistes sont heureux et connaissent la réalité et qu'il n'y a pas d'autres boulots. Le marché de l'art devient de plus en plus encombré ; les artistes s'entraident de moins en moins, se poignardent dans le dos et font tout ce qu'il faut pour survivre.

     

     

     

     

    Kathy Acker - Grandes esperances -

     

    « Besoin d'ombres. Par Denis Benedetti Guy Debord Script de "In girum imus nocte et consumimur igni". »

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